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Je me suis souvent penché sur la question de savoir si c’est l’œuvre qui doit sauver la vie ou la vie qui doit sauver l’œuvre. Quel sens donner à la vie dans l’œuvre ? Quel sens donner à l’œuvre dans la vie ? Faire une œuvre pour en vivre ? Ou faire une œuvre pour laisser une quelconque trace …?
Lorsque l’on a épuisé un jour tous essais de dépassement personnels dans moult activités de survie, reste encore, si cela est réalisable, l’accomplissement « imprévu » d’un art (peut être) possible comme seul refuge, comme une ultime tentative de contrer les adversités de l’existence. L’art vint à moi, ou plutôt suis-je allé vers l’art, à l’âge où la plupart des artistes ont déjà pu accomplir un travail, orienter une recherche, définir une voie… A quarante deux ans, il m’a fallut brûler quelques étapes, trouver des repères, faire appel à la mémoire de l’enfance et de l’adolescence, à toute sorte de choses, d’évènements ou de rencontres jusque là positives, susceptibles de nourrir une vie nouvelle, d’apporter des éléments constructifs pour une vrai renaissance dans un autre monde, dans un tout autre état d’esprit, un nouvel état d’âme, désormais capable de s’isoler suffisamment pour ne plus tenir compte des aspects négatifs antérieurs ou autres contingences matérielles. Je me souvenais à Lisbonne de mes premiers livres d’art où je sacrifiait toutes mes pauvres économies, de mes premiers dessins, plus tard en France, des cours de Prouvé au Conservatoire des arts et métiers, de mes maquettes et dessins de médailles pour Bichet…

Trois éléments m’apparaissent aujourd’hui comme ayant été déterminants. La lithographie et les arts graphiques, l’enseignement et l’écriture. Au début, quelques rencontres ou évènements donnèrent un sens, une justification, à un certain nombre de choix qui, par la suite, s’avérèrent avoir été les bons, même si l’on sait que derrière l’artiste il y a toujours l’homme, avec son propre caractère, ses imperfections, ses limites.
Lorsqu’un jour il vous est donné de découvrir un ancien « mystère », de réaliser un rêve d’enfance, c’est comme s’il venait à vous une force nouvelle, celle d’une connaissance précieuse capable de vous dicter une marche à suivre, qui peut influencer votre parcours. Je suis rentré en lithographie comme on entre dans un

A Confluences, à Paris en 1985

ordre monastique ou initiatique, et ce côté particulier d’aller vers je ne sais quel pouvoir secret(1) me fascinait. Des « Taureaux de Goya » à Bordeaux il n’y avait qu’un pas, et c’est là bas, par le plus grand des hasards que la lithographie entra dans mon existence. Une galerie possédant un atelier, mes premières pierres au crayon, un imprimeur à la retraite, les premières éditions… Un autre fait singulier fut qu’à la même époque un ami graveur me prêta une presse lithographique. Parallèlement, une importante bourse d’étude venait me donner la possibilité de fréquenter un atelier de lithographie à Paris et d’acquérir la maitrise indispensable.

Avec Chrissy Bot à Créteil
Yvonne Boag travaillant sur pierre à Créteil

Très tôt j’ai commencé l’enseignement de la technique sur pierre en recevant des artistes dans mon atelier. J’avais très vite compris combien la lithographie, d’une apparente simplicité, tient en fait d’une alchimie assez complexe que l’on doit mettre des années à maitriser réellement. Entre 1978 et 1980 j’ai voulu tout lire sur le sujet, tout apprendre, tout tenter. En français, bien peu de livres techniques en réalité. Quelques vieux traités aux chapitres parfois laconiques souvent incompréhensibles dans la forme, aux formules archaïques et aux vieilles recettes, faisaient office de reliques oubliées, cachées aux confins des rayonnages de certaines bibliothèques plus ou moins spécialisées… Par la suite, d’autres rencontres importantes, des artistes, des œuvres particulières.

Une œuvre est toujours un défi. Elle se construit invariablement à partir d’un ensemble de facteurs ou d’influences que l’on oublie très souvent, ou qui n’apparaissent pas toujours de façon évidente. Pour moi, les petits formats que j’ai toujours pratiqués sont en prise directe avec la nature même du support lithographique, un matériau particulièrement lourd et difficilement transportable, ou

Avec Xavier à Point & Marge /The Micro Studio, à Paris
Ron McBurnie travaillant à P&M Micro Studio, à Paris

bien la nécessité de travailler dans des petits espaces. Les éditions d’un Jules Clocquet, en France, par exemple, ou les travaux d’Escher, comme par ailleurs certaines techniques de chromolithographie mis au point par Engelmann au dix neuvième siècle, m’ont ouvert des voies techniques qui me semblaient intéressantes et curieusement peu utilisées par les artistes lithographes, d’une manière générale tournés plutôt vers une expression rapide, un dessin plus « instinctif ». Un ami antiquaire me remit un jour entre les mains un bien curieux volume relié avec des planches magnifiques d’un Atlas d’anatomie de l’homme de Cloquet (1821), signés d’Anglumé ou d’Ancelain. Ce fut pour moi une découverte technique importante, qui fut suivie peu après d’un important travail de maîtrise, mon « Atlas d’anatomie du cerveau », dans lequel j’ai pu reconstituer la technique particulière de dessin de ces illustrateurs.
Découvrir c’est parfois recréer et c’est aussi en recréant que l’on crée. Les procédés anciens de dessin ou de préparations m’on toujours fasciné. The Tamarind book of lithography édité par le Tamarind Lithography Workshop à Los Angeles, un ouvrage unique de référence venait, en quelque sorte, à mon secours dans ces années, en m’apportant quantité de renseignements de formules et de procédés depuis longtemps oubliés ou même perdus en Europe. Avec June Wayne, que j’ai pu rencontrer à Paris en 1985, il s’est établi, au-delà d’une solide amitié, un échange technique et artistique très constructif, que nous poursuivons régulièrement depuis ces années. Elle me dit un jour ceci, « seuls les jeunes artistes lithographes seront bientôt en mesure de redécouvrir des vieilles recettes et des techniques oubliés. Les nouvelles technologies sont en train de changer la donne, il faut s’adapter… ». Il est vrai qu’elle a été elle-même dans les années soixante à l’origine d’un étonnant bouleversement lithographique aux Etats-Unis, où la mémoire de ces choses s’était depuis longtemps évanouie.

En complétant ce catalogue raisonné je ne pouvais que constater le petit nombre d’estampes répertoriées depuis 1978. Il est vrai que le temps fut souvent partagé parmi d’autres occupations. Dans mon esprit, mon œuvre graphique ne se limiterait pas aux œuvres sur papier, aux estampes ou aux livres d’artiste, mais s’étendrait au-delà dans l’enseignement, tout comme dans une série de livres spécialisés que j’ai entrepris d’éditer notamment depuis 1986, des articles et textes divers, dont l’écriture m’a toujours été nécessaire dans l’accomplissement de mon propre travail de création. Certes, écrire peut être une envie déjà ancienne, mais elle serait peu de chose si l’on ne possédait pas quelques « outils » qui vous y encouragent, vous permettent d’apporter un certain nombre de réponses aux multiples questions techniques ou éthiques qui se sont régulièrement posées le long des ans. Il faut voir la vie de l’intérieur des mots pour comprendre sons sens réel. J’ai beaucoup écrit sur la nature des images, sur mon travail, beaucoup noté. Cela a toujours été une nécessité, une façon d’explorer le monde graphique, de comprendre une démarche.

Avec Gilles Gaillard et une autre étudiante à Créteil
Avec Catherine Marrou, assistante, à Créteil

La création de l’atelier Point & Marge à Créteil en 1986 sera incontestablement un moment important dans ma vie. Cet espace nouveau où j’ai pu poursuivre mon travail personnel, l’enseignement de la lithographie et l’édition d’estampes, fut véritablement le centre et un moteur approprié au développement de mes recherches et de mes ouvrages techniques. Sans cela je pense qu’ils n’auraient pas été facilement envisageables.

L’équipe de Créteil. De G à D Alex Turban, Michel Roger, Jörge
Noronha, Michelle Roland, Martin Nisser et Nathalie Thomas

Mon insertion dans l’univers professionnel à Paris dans les années quatre vingt n’alla pas de soit. Rien ne peu se faire parfois sans une certaine dose de naïveté. Etre un artiste étranger doublé d’un d’imprimeur, ouvrir un nouvel atelier de lithographie dans « le centre du monde des arts graphiques » était une gageure dont au début je ne me rendais pas vraiment compte. Plus tard, avec le recul, les choses, les situations, devenaient plus claires. Mes livres techniques surtout, auxquels je dois finalement une certaine reconnaissance dans le milieu, ont parfois généré quelques frictions… Je me suis toujours efforcé de comprendre de l’intérieur le fonctionnement des ateliers d’arts graphiques en France et d’en parler. Quelle était la cause de leurs difficultés grandissantes ou de la disparition d’un bon nombre d’enseignes ? Depuis une vingtaine d’années je n’avais cessé de mettre en évidence les dangers d’une situation en voie de se figer comme dans un confit, une « conserve » largement maintenu en l’état par la culture du souvenir d’un passé prestigieux dans un monde en profonde mutation. Pas de nouvelles structures, pas de nouveaux équipements, pas de recherche, peu d’information ou d’enseignement. Et l’après ? Un jour tout sera à refaire et c’est toujours comme cela que ça marche.

Les rencontres

Avec Basil Hall et Franck Bordas dans son atelier de la Bastille

Quelques rencontres importantes ont émaillé mes ateliers et mes espaces de vie. Avec Franck Bordas, qui a été un des rares imprimeurs à m’ouvrir ses portes à la Bastille, il s’est tissé au fil du temps une amitié durable. Il m’a toujours encouragé dans mes recherches et souvent guidé dans l’organisation de l’iconographie de mes livres techniques. Parmi les artistes qui sont venus travailler avec moi à l’atelier de Créteil je citerai volontiers Michel Ventura, Alain Delpech, Ricardo Véa, Loulou Taÿeb, Martin Nisser, Michel Roger, Kirsten Jeffcoat, et dans son sillage RonMcBurnie, Anne Lord, Chrissy Bot, Yvonne Boag, Basil Hall (artistes australiens), Michèle Rolland, Louis-Pierre Bougie, entre beaucoup d’autres.

La rencontre avec Ron MacBurnie, par exemple, fut à l’origine d’une série de Workshops en Australie, à JCU (James Cook University) / Townsville, School of Art à Sydney et Studio One à Camberra.
Avec Alain Delpech, Loulou Taÿeb et Xavier, plus tard à Paris, des éditions importantes furent réalisées.

Avec June Wayne à la BHVP
Avec Carolyn Calson à la Cartoucherie de vincennes

En 1999, j’invitais June Wayne à Paris pour participer à l’exposition « La mémoire lithographique » à la BHVP.

La rencontre avec Carolyn Carlson à l’époque de « Signes », fut à l’origine d’une édition de ses dessins et poèmes réunis dans « Solo » (2003) que j’organisais pour la collection Rencontres, Chez Alternatives à Paris, et d’un autre projet à venir d’édition de lithographies. Avec des poèmes d’Andrée Chedid et des illustrations de Xavier, une autre rencontre importante dans la même collection avec « Poursuites » également en 2003…
A partir de 2005 Point & Marge cesse ses activités en tant qu’atelier d’impression et devient Point & Marge Editions Paris, développant uniquement l’édition de livres d’artistes. Mon activité de création graphique est désormais tournée plutôt vers la photographie, l’estampe numérique(2) et d’autres recherches dans mon atelier de Lisbonne(3), notamment dans les domaines de la gravure sur photo-polymère et la photolithographie sur polyester.

Paris, XII / 2009
1 L’estampe du secret ou les mystères de l’imprimeur d’art. In Newsletter 3. Septembre / Octobre 2008 (blog).
2 Estampe nemérique CGI (computer generated image), en impression « jet d’encre ». Voire mon entretien de 2004 avec
Michael Booth in Worldprintmakers.com.
3 Atelier de l’AGAF (Associação de Gravura Agua-Forte), à Lisbonne.
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